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Au gré des évolutions technologiques, le cinéma se métamorphose pour nous offrir des oeuvres plus réalistes et plus en phase avec les attentes du spectateur. James Cutting, psychologue qui étudie l’évolution du cinéma à l’Université de Cornell, a analysé les datas d’un siècle de films pour nous révéler les changements les plus importants du cinéma.

Des plans plus courts

Selon James Cutting, la longueur moyenne des plans a diminué, passant de 12 secondes environ en 1930 à environ 2,5 secondes aujourd’hui. Il a infographié cette évolution à partir des données du spécialiste britannique du cinéma Barry Salt (qui a calculé la durée moyenne des plans dans plus de 15 000 films réalisés entre 1910 et 2010).

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Pour compléter ce travail, Cutting a trouvé dans une étude de 2010 une moyenne de 1 132 plans par film dans un petit échantillon de 150 films réalisés entre 1935 et 2010. Pour certains, cette baisse de longueur des plans peut s’expliquer par l’avènement du cut, rendu populaire avec la création d’MTV dans les années 80. Pour Cutting, il n’y a pas eu d’impact avéré et son schéma le démontre. Cutting avance un autre facteur qui pourrait expliquer cette évolution. Dans les films plus anciens, plusieurs personnages apparaissent dans une même scène. Les cinéastes étaient donc forcés de laisser plus de temps au spectateur pour qu’ils puissent repérer tous les personnages en présence. Dans une étude récente, Cutting a révélé que chaque personnage supplémentaire ajoute en moyenne 1,5 secondes à la longueur d’un plan.

Différents modes de prises de vue

Nous avons une tendance naturelle à une courte durée d’attention. Pour Cutting, l’évolution de la durée des plans d’un film s’explique notamment par la volonté des cinéastes d’épouser ce caractère naturel du spectateur. Un film qui ne contiendrait qu’un seul plan exigerait trop d’attention. Dans les années 40 et 50, budget faible oblige, les films étaient réalisés à partir de longues prises. Ces plans trop longs poussent le spectateur à se perdre et se désintéresser de la scène. Il s’agit donc de trouver le bon dosage pour maintenir un public engagé. Pour lui, L’Empire Contre Attaque (1980) est un bon exemple de film qui a réussi à son époque à alterner un rythme élevé de plans pendant les scènes d’actions avec un calme relatif.

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Grâce au progrès technique, les cinéastes contemporains ont plus de vidéos à leur disposition leur permettant de faire varier les formes de montage et de mieux répondre aux fluctuations naturelles de notre attention. Cutting est convaincu que ce pourrait être une des raisons de cette évolution majeure mais cette thèse ne fait pas l’unanimité chez les spécialistes du cinéma.

Plus d’action !

Grande révélation, les films modernes ont plus d’action que des films plus anciens ! Cutting a réussi à quantifier cette tendance en calculant le nombre de pixels qui changent d’une image à l’autre dans l’ensemble d’un film. Pour le psychologue, ce changement contribue également à maintenir l’attention des spectateurs. Quand les spectateurs regardent des séquences d’action, leur fréquence cardiaque s’accélère (un indicateur de l’excitation physiologique). Mais les cinéastes risquent d’irriter leur public s’ils les bombardent de scènes d’action pendant trop longtemps. Le graphique ci-dessous montre ce que Cutting  appelle le «triangle de tolérance» : où la durée de la prise de vue et la quantité de mouvements sont bien adaptés pour maintenir l’attention des spectateurs.

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Le public peut se révolter si un film renverse cette tendance. C’est le cas avec Cloverfield (2008), où les prises de vue saccadées, caméra à l’épaule, ont donné la nausée à certains spectateurs. Ces séquences sont représentées par les « c » au-dessus du triangle sur le graphique de Cutting. Le graphique comprend deux autres films qui ont été critiqués pour mettre mal à l’aise le public : Quantum of Solace « a », et The Bourne Ultimatum « b ».

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Cutting s’est également intéressé au travail de Darren Aronofsky : une scène intense et hallucinatoire de night club dans Black Swan (2011), et la séquence de son dernier film Noé (2014) qui met en images en 10 secondes toute l’histoire de la violence humaine. Ces deux séquences tombent à l’intérieur du triangle de tolérance, mais de peu !

Modification de la lumière
Les films modernes sont aussi sombres que leurs prédécesseurs. Les couleurs vives restent tout aussi brillantes mais les ombres foncent. La qualité de la pellicule s’est améliorée et le passage au numérique nous a donné un meilleur contrôle de la plage dynamique selon Cutting. Le psychologue a également étudié l’utilisation de la couleur au cinéma à l’aide d’un script de Matlab pour analyser la palette de couleurs dans les films image par image. Il a notamment trouvé des utilisations intéressantes comme le recours à des couleurs différentes correspondant à différents niveaux de rêves dans Inception.

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Mais son travail sur les couleurs ne fait pas ressortir de tendances cohérentes pour le moment.

Source : Wired (dossier sur l’étude scientifique du cinéma)